Voici l'histoire de Apple.
1976-1984
Tout d'abord, un petit rappel de ce qu'était le monde en ce temps là...
Le premier ordinateur digne de ce nom, il y a cinquante ans, était une monstrueuse machine qui couvrait une surface de 135 mètres carrés, pesait 30 tonnes, et fonctionnait avec 18.000 tubes à vide (l'ancêtre du transistor). Cela permettait d'additionner 5000 nombres de 10 chiffres à la seconde. Son nom était l'Eniac, on était en 1946... Maintenant, il aurait l'utilité d'une calculatrice à 4 opérations...
Deux ans après, lui succède le Mark 1, sur les plans de John von Neumann, et avec la participation d'Alan Turing. Le Mark 1 fonctionne comme l'Eniac, grâce à un dispositif de tubes électroniques, mais en langage binaire : un code mathématique qui permet d'exprimer tout problème logique sous forme d'une série de 0 et de 1. Cela permet au Mark 1 de bénéficier d'un fonctionnement plus simple et plus rapide que celui de l'Eniac, mais il continue de consommer beaucoup de courant et d'occuper beaucoup d'espace.
En 1948, la vraie solution est en fait déjà trouvée : William Shockley, John Bardeen et Walter Brattain, des laboratoires Bell, tiennent l'invention du siècle : le transistor. Ce modeste objet de quelques centimètres carrés est composé de trois couches de matériaux semi-conducteurs. Ceux-ci peuvent jouer le rôle, tour à tour, d'isolants ou alors de conducteurs. Tout dépend par où on fait entrer le courant. Il joue donc le même rôle que les lampes, mais avec une consommation électrique plus faible et un encombrement extrêmement réduit.
Sans entrer trop en avant dans les détails techniques, le transistor utilisé aujourd'hui n'est pas tout à fait le même que celui-là : ce transistor appelé "bipolaire" se prête mal à la réalisation de circuits imprimés. Il a donc fallu en inventer un autre type : il est en forme de sandwich métal/oxyde/silicium, et son nom est MOS. Les porteurs de courant dans ce semi-conducteur sont positifs (P-MOS). On a ensuite utilisé des porteurs de courant négatifs (N-MOS), puis enfin les deux variétés (C-Mos pour MOS complémentaire), ce qui donne des circuits à très faible consommation.
Pourtant, les informaticiens attendront 10 ans avant de se jeter sur cette invention. Le premier circuit imprimé voit le jour en 1958 chez Texas Instrument. Il est l'oeuvre de Jack Kilby. Pour la première fois, plusieurs transistors sont montés ensemble sur un même support électronique. La course à la miniaturisation débute alors. L'intérêt de la miniaturisation est de permettre à l'ordinateur d'effectuer plus d'opérations en même temps. A chaque fois que l'on double le nombre de transistors sur une surface donnée, on double la rapidité de calculs. Alors qu'en 1960, un transistor occupe 1 mm2 de silicium, la société Intel réussit en 1971 à en faire tenir 2250 sur 60 mm2, sous le nom de "4004". Le premier microprocesseur de l'histoire mérite bien son surnom de "puce". Ce montage minuscule est capable d'effectuer 60.000 opérations à la seconde. Depuis, ce nombre double environ tous les 18 mois : c'est la loi de Moore. Par exemple, un PowerPC G4, sorti fin 1999, est capable d'effectuer 1 milliard d'opérations chaque seconde !
Le premier micro-ordinateur à mériter ce nom est une invention française : le Micral, qui a vu le jour fin 1972. En 1975, c'est l'Altair qui voit le jour, avec ses 256 octets de mémoire vive. Vendu en kit au prix incroyable de 395 dollars (ou 498 assemblé), il était équipé du nouveau processeur 8080 d'Intel. MITS, son fabricant, en vendra 400 le jour de son lancement, alors qu'il n'espérait pas en vendre autant en un mois ! Pourtant, l'Altair n'a ni clavier ni écran et ne peut pas en recevoir : il faut entrer les programmes en agissant sur des interrupteurs, et le résultat s'affiche avec 8 ou 16 diodes ! Mais l'histoire a vite oublié ces premières machines, pour ne retenir qu'un nom : Apple.
La naissance d'Apple
On avait maintenant les microprocesseurs. Restait à créer des machines capables d'en tirer parti. Parmi les toutes première à se lancer dans l'aventure, se trouve une entreprise créée par deux bricoleurs californiens, Steve Jobs (21 ans à l'époque) et Steve Wozniak (26 ans), dans le garage de la famille Jobs, en Californie. A l'époque, Jobs travaillait chez Atari, le géant des bornes d'arcade de l'époque, Wozniak était employé chez Hewlett-Packard, grand fabricant de calculatrices. Les deux amis se connaissaient depuis longtemps : Wozniak avait par exemple aidé Jobs lors de la programmation chez Atari du jeu Breakout.
Depuis longtemps, Wozniak rêvait de créer son propre ordinateur et avait déjà dessiné plusieurs circuits de carte-mère. Il avait même créé un interpréteur BASIC et un compileur Fortran pour ses machines, alors qu'il n'en avait pas construit ! Le problème était le prix des composants : le processeur 8080 d'Intel coûtait 179 dollars à lui tout seul ! Alors que le monde de l'électronique ne jure déjà plus que par ce processeur, Wozniak décide de ne pas l'utiliser... C'est Allen Baum, un ami de Steve Wozniak qui découvrira la perle rare : le processeur 6502 de MOS Technology, vendu pour seulement 25 dollars. Ce processeur avait en plus l'avantage d'être très proche du processeur 6800 de Motorola, que Wozniak avait rêvé d'utiliser dans ses ordinateurs. Ainsi, tous ses plans ne nécessitaient plus que de légères adaptations pour utiliser le 6502.
Un troisième homme assista à la naissance d'Apple : il s'agit de Ronald Gerald Wayne. C'est en quelques sortes l'équivalent du "cinquième Beatles" chez Apple. Employé d'Atari avec Steve Jobs, il rejoint Apple à la demande de ce dernier, pour servir d'arbitre en cas de désaccords entre lui-même et Steve Wozniak. Peu confiant dans l'avenir d'Apple, Wayne garde son travail chez Atari, où il travaille le jour, et passe ses nuits à créer les documentations de l'Apple et le logo de la firme. Wayne reçu 10 % du capital d'Apple, mais il s'en débarrassa deux semaines plus tard, pour 800 dollars...
Pour rendre sa machine plus facile à utiliser, Wozniak préféra inclure un gestionnaire de clavier plutôt que d'utiliser des interrupteurs. De même, la carte-mère était équipée pour utiliser un écran de télévision pour afficher des informations, plutôt qu'une série de diodes. La simplicité ne s'arrêtait pas là : dès son lancement, la machine était capable de repérer le clavier et de mettre en place le système, alors qu'il fallait faire tout cela "à la main" avec l'Altair. L'Apple possédait également un port pour brancher des périphériques, mais aucun périphérique n'était disponible lors de sa sortie... Pour financer sa production, Jobs vend son minibus VolksWagen et Wozniak sa calculatrice programmable, gagnant ainsi 1350 dollars. Leur première commande provient du Magasin Byte, grâce à Paul Jay Terrell, employé du magasin et rencontré par Jobs au HomeBrew Computer Club. Avec cet argent (et un crédit de 5.000 dollars), ils purent fournir au magasin Byte 50 exemplaires de la machine : une commande de 25.000 dollars. La seule condition posée par Byte à l'achat du stock était que les machines soient complètement assemblées. En tout, seuls 200 exemplaires seront distribués. Le prix de vente de 666,66 dollars est expliqué par Steve Jobs par le chiffre de la perfection (7) auquel ils ont soustrait 1. Steve Jobs souhaitait effectivement vendre la machine 777 dollars mais Wozniak l'a décidé à baisser le prix. La première publicité pour Apple paraît dans quelques revues d'électronique.
Sur les 200 Apple produits, 175 seront vendus dans les 10 premiers mois. Sur les 666,66 dollars, le vendeur faisait une marge de 33 %, et Wozniak et Jobs faisaient un bénéfice de 50% sur ce qui restait.
Les raisons du choix du nom "Apple" restent encore très obscures... Plusieurs hypothèses sont avancées :
- L'officielle : Steve Wozniak mangeait une pomme, le jour où lui et Jobs devaient déposer un nom pour leur entreprise. Jobs avait donc décidé que s'ils n'avaient pas de meilleure idée avant l'heure fatidique, leur entreprise s'appellerait Apple. Et l'heure venue, Steve déposa le brevet sous le nom d'Apple...
- La "Hippie" : les deux bricoleurs désargentés étaient obligés de se nourrir de pommes, et c'est de là que le nom vient...
- La "baba-cool" : L'idée de nommer sa boite "Apple" serait venue à Steve Jobs pendant le visite d'une ferme dans l'Oregon.
- La philosophique : Un représentant d'Apple dira plus tard que la pomme bariolée était le symbole du désir et du savoir, dans lequel on mord ; elle porte toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, dans le désordre. Cette pomme, dira-t-il, est la combinaison du désir, de la connaissance, de l'espoir et de l'anarchie.
- Encore une autre : Le nom "Apple" viendrait tout simplement du nom d'un album de Beatles.
- Selon certains, ce serait un symbole satanique...
- Une dernière : selon Steve Jobs, la pomme est le fruit parfait, car il est nutritif, beau et résistant...
La guerre des Etoiles
L'Apple, aussi simple à utiliser qu'il fut, avait un gros défaut : il fallait entrer 3000 caractères pour mettre en place l'interpréteur Basic, à chaque démarrage. Wozniak qui connaissait le code par coeur, était lui-même obligé d'y passer 20 minutes. C'est sous la pression de Paul Terrell, le directeur du magasin Byte, que Wozniak décida de créer un adaptateur de lecteur de cassettes pour l'Apple 1. Pour 75 dollars, l'utilisateur recevait une carte pour connecter un lecteur de cassettes à l'ordinateur, ainsi qu'une cassette contenant les 3000 caractères de Basic. L'idée, très intéressante, se révélera être en partie un échec, car seuls les magnétophones de très grande qualité (et donc très chers) donnaient un signal assez clair pour être utilisé par l'ordinateur...
Pendant ce temps, le magasin Byte passait un accord avec un ébéniste de la Silicon Valley afin de créer un boîtier pour l'Apple, tout en bois, afin que cet ordinateur ne soit plus simplement une carte...
L'Apple est présenté pour la première fois dans un grand salon électronique par Stan Veit, directeur du premier magasin d'informatique de la côte Est. Cette présentation est l'occasion d'un grand étonnement : les visiteurs sont persuadés qu'un ordinateur ne peut pas tenir dans une boite aussi petite, et cherchent des câbles dissimulés qui relieraient l'Apple à un vrai ordinateur caché...
Alors que l'Apple continue de se vendre doucement, Stephen Wozniak est déjà en train de travailler sur l'Apple II. Pour améliorer l'Apple 1, il imagine un écran en couleurs, une mémoire vidéo inclue dans la mémoire vive pour accélérer l'affichage... Pour Wozniak, c'est le travail qu'il a réalisé pour le jeu Breakout qui sert de base à ses raisonnements : tout d'abord, ajouter la couleur dans le basic, puis ajouter le son, puis créer des paddles pour jouer... Toutes ces fonctions qui feront le succès de l'Apple II n'ont en fait été créées que dans le but de créer une version Apple de Breakout !
Wozniak et Jobs s'opposèrent sur un point : Wozniak voulait inclure 8 baies d'extension dans l'Apple II, tandis que Steve Jobs ne voyait pas l'intérêt d'en inclure plus de 2 : une pour le modem et une pour l'imprimante. Wozniak était persuadé que les informaticiens trouveraient de toute façon un usage aux 8 slots !
Le patron d'Apple à cette époque était Mike Markkula, et son aide pour le lancement de l'Apple II fut très importante pour l'avenir d'Apple. C'est d'ailleurs sûrement le succès de cette machine (près de 2 millions d'exemplaires vendus dans le monde) qui a poussé IBM à s'investir sur ce marché avec son PC (Personnal Computer) lancé en 1981 : ce PC était une machine professionnelle, alors que l'Apple II visait autant le marché professionnel que le marché des particuliers. La conception du PC était largement inspirée de celle de l'Apple II, et finalement il fera vaciller la suprématie de ce dernier.
Steve Wozniak se fiait uniquement à son intuition quand il concevait ses machines. L'Apple II possédait 4 Ko de RAM (pouvant être étendus à 48 Ko), et ses programmes étaient stockés sur cassettes. Et avec l'affichage en couleurs, le bombardement d'astéroïdes ou la chasse aux mille-pattes dans les labyrinthes n'en était que plus amusants. En dépit de son origine un peu frivole, l'idée de l'affichage vidéo en couleurs se révéla payante : c'est cet ordinateur que les parents achetèrent pour aider à l'éducation de leurs enfants. Outre son génie pour concevoir un matériel attrayant, Wozniak déployait des trésors d'astuce afin de maintenir les prix les plus bas. Il était bricoleur dans l'âme, et il ne pouvait concevoir qu'on dépense de l'argent dans l'achat de composants ; c'est aussi par habitude qu'il réduisit au minimum le nombre de puces sur l'Apple II. Résultat : l'ordinateur était suffisamment bon marché pour que le consommateur moyen puisse l'acheter.
Le rôle de Jobs fut encore plus subtil : pour transformer l'Apple II en produit de consommation de masse, il décida de cacher le réseau des circuits électroniques dans un innocent boîtier en plastique, donnant un aspect relativement banal à l'Apple II. Ce boîtier fut dessiné par Jerry Mannock, tandis que Rod Holt mettait au point l'alimentation de l'Apple II.
Un autre élément intéressant de l'Apple II était son désassembleur : ce petit logiciel permettait à n'importe qui de connaître les commandes que les logiciels envoient au processeur. Ainsi, les connaissances informatiques étaient partagées et totalement libres, comme le souhaitaient les membres du HomeBrew Club.
En avril 77, l'Apple ][ est présenté pour la première fois au public, lors de la First West Coat Computer Faire. Les derniers problèmes ont été réglés à la dernière minute : les boîtiers ont été renvoyés au constructeur suite à des défauts, un problème d'électricité statique bloquait l'interface du clavier après 20 minutes, et Chris Espinosa et Randy Wigginton, deux étudiants et employés d'Apple furent chargés de mettre au point des programmes de démonstration des capacités sonores et graphiques de l'Apple II. Pour cette première présentation, Apple abandonne son ancien logo (Newton sous son arbre) et charge l'agence Regis McKenna de lui en créer un nouveau. La version initiale du logo fut en fait conçue par Newton lui-même ; mais ce dernier n'ayant pas d'ambition commerciale, Regis McKenna se chargea de diffuser son "produit". Le logo en couleur rappelle que l'Apple II est l'un des premiers ordinateurs capables d'afficher en couleur, tandis que la portion croquée permet d'éviter que le logo ne ressemble à une simple tomate... Pour la reproduction du logo, il aurait été pratique de séparer les couleurs par de fines bandes blanches, mais Steve Jobs s'y opposa. Avec son nouveau logo et ses larges plaques de plexiglas éclairées et marquées du logo, le stand d'Apple semblait plus professionnel que tous les autres ! De plus, le stand d'Apple était l'un des plus proche de l'entrée du salon, et tous les visiteurs le voyaient dès leur arrivée. Malgré cela, la presse ne mentionna même pas la présence d'Apple au salon ! Pourtant, les mois qui suivirent l'exposition virent plusieurs de milliers de commandes arriver chez Apple !
Dès le mois suivant, Apple devient la première entreprise d'informatique à faire de la publicité dans des revues grand public, là où la plupart des constructeurs ne s'intéressent qu'aux revues d'informatique.
Face à l'Apple II, deux ordinateurs voient le jour : le TRS-80 et le Commodore PET. Leur point fort, leur prix (moitié moins que l'Apple II, soit 600 dollars) leur ouvrait un vaste marché. De plus, les systèmes de lecteurs de cassettes de ces deux machines étaient bien meilleurs que ceux de l'Apple II, qui nécessitait beaucoup de précision dans le volume du son et la position de la cassette. Mike Markulla décide donc que la création d'un lecteur de disquettes sera l'objectif principal d'Apple en 78. Steve Wozniak se met donc au travail et analyse la manière dont les autres constructeurs gèrent les disquettes. Wozniak et Randy Wigginton travaillent alors jour et nuit pendant la semaine de Noël pour créer une version fonctionnelle de leur lecteur de disquette avant le Consumer Electronics Show de Las Vegas. A 6h du matin, leur logiciel était enfin prêt et un disque de démonstration était prêt à être utilisé. En voulant en faire une copie de sauvegarde, ils inversent les deux disques et copient le disque vide sur la disquette de démonstration ! Heureusement, il ne leur faudra qu'une heure et demie pour récupérer les informations sur le disque. Après le show, Wozniak continue d'améliorer son lecteur. Deux fois de suite, il se rend compte qu'il peut se passer de composants et il est alors obligé de reprendre entièrement le design du lecteur ! Enfin, en juin 78, le lecteur de disquettes 5" 1/4 est disponible : les premiers exemplaires sont assemblés à la main par deux employés d'Apple !
En juin 79, Apple présente l'Apple II+, disponible avec 16, 32 ou 48 Ko de mémoire vive. La machine connait un énorme succès. Disponible en même temps, la première imprimante d'Apple, appelée Silentype, fait prédire à Michael Scott la fin des machines à écrire... alors même que l'Apple II ne connaît ni les minuscules ni les caractères accentués. Il faudra attendre l'Apple IIe pour bénéficier de ces possibilités (en janvier 83).
Avec l'Apple II, deux logiciels particulièrement intéressants sont apparus : le premier, VisiCalc, est le premier tableur pour micro-ordinateur. Le deuxième, AppleWriter, a été sûrement aussi important pour le succès de la machine. C'est un traitement de texte, très simple d'emploi, mais aussi incroyablement puissant pour l'époque. Il était déjà possible d'éditer des macros, pour automatiser des opérations répétitives. Ce logiciel a été écrit par Paul Lutus, un étudiant très influencé par le milieu hippie et le mouvement Flower Power...
L'Apple II jouissait d'une popularité qui ne cessait pas de grandir, et trois nouveaux ordinateurs étaient en préparation : il s'agissait des modèles Sara, Lisa et Macintosh. A cette même époque, en 1979, Apple cherchait un appui financier (son introduction en bourse ne devait intervenir que l'année suivante) auprès d'une compagnie, si possible bien placée sur le marché de la bureautique.
Sara, le remplaçant de l'Apple II
Se rendant bien compte que l'Apple II vivait ses dernières heures, Apple préparait son remplaçant, SARA. L'intérêt principal de cet ordinateur était de minimiser une baisse des bénéfices au cas où les deux autre modèles, Macintosh et surtout Lisa, se feraient attendre. Ce n'était qu'un Apple II amélioré : plus de mémoire (128 Ko extensible à 256) et un lecteur de disquette intégré au boîtier. L'écran haute définition du Sara serait capable d'afficher 80 caractères par lignes, contre 40 pour l'Apple II. Cela lui conférerait un aspect professionnel bénéfique à sa réussite. Et, chose nouvelle, il était capable d'écrire aussi bien en majuscule qu'en minuscule, ce que l'Apple II ne savait pas faire : il fallait se contenter des majuscules.
Les ingénieurs d'Apple avaient envisagé une période de développement très courte : 10 mois en tout. Et c'est en septembre 1980 qu'Apple présente sa machine sous le nom d'Apple III. La machine tournait sous SOS (Sophisticated Operating System) et était équipée du Business Basic. Le système était beaucoup plus performant que celui de l'Apple II, mais la carte-mère de l'Apple III était finalement assez proche de celle des Apple II. Comme à son habitude, Apple avait prévu un lancement en fanfare. Disneyland avait été loué pour une nuit et 20.000 invités y avaient été amenés. L'Apple III ne méritait pourtant pas tout ce battage... Alors qu'une campagne de publicités expliquait tout ce que peut faire un ordinateur, en mentionnant 100 possibilités d'utilisation sur une seule feuille A4, les acquéreurs de la machine se rendirent vite compte qu'ils ne pouvaient pas faire fonctionner tous les programmes conçus pour l'Apple II, même si les deux machines étaient en principe compatibles. De plus, un circuit défectueux provoquait l'arrêt de l'horloge intégrée après seulement trois heures d'utilisation. Le mécontentement de la clientèle se transforma en colère impuissante lorsqu'elle s'aperçut de la fréquence des défaillances du système... Plus grave encore que cela, la conception interne de l'Apple III laissait à désirer... Ainsi, les circuits électroniques se désemboitaient, les puces se déconnectaient de leurs prises, les barrettes de liaison qui n'étaient pas en or pour des raisons d'économie se corrodent et des vis mal placées sectionnaient les fils... Sur les chaînes d'assemblage, tout le monde cherchait à résoudre le problème en tapant avec des marteaux en plastiques sur les machines. Quelques mois plus tard, en novembre 1981, Apple sort une nouvelle version de l'Apple III, après correction des bugs. La campagne de publicité qui l'accompagne est axée autour du slogan "Allow me to reintroduce myself" (Permettez-moi de me présenter à nouveau). Finalement, Apple se décida à en interrompre la production, avant de revoir la conception de la machine qui ressortit en décembre 1983 sous le nom d'Apple III+, mais ne put jamais faire oublier ses mauvais débuts. En tout, la société ne réussit à vendre que 65.000 unités de l'Apple III, avant de se décider à le retirer définitivement du marché, en avril 1984.
Les recherches du PARC
Pendant qu'IBM prépare son PC, Apple a d'autre idées en tête, qui pourrait bien faire d'elle l'entreprise la plus importante de la micro-informatique.
A Palo-Alto, en Californie, se trouvait le PARC (Palo-Alto Research Center), le centre de recherche de Xerox. Les informaticiens pouvaient y passer quelques années pour poursuivre leurs recherches, sans obligations de résultats. Et des idées révolutionnaires y germaient, sans que ses dirigeants ne puissent en saisir toute la portée. Ils ne pensaient pas que le public était avide de nouveautés.
L'un des grands noms du PARC était Alan Kay. Celui-ci voulait rendre l'informatique plus accessible, avec un ordinateur à 5.000 francs suffisamment réduit pour tenir dans une mallette, sans rien perdre de la puissance des ordinateurs grands comme un gymnase... Son rêve s'appelait Dynabook. En 1967, il commença la réalisation du FLEX, un autre ordinateur, capable d'afficher des fenêtres, et possédant un affichage très fin. C'est après cette réalisation qu'il rejoignit le PARC. En 1971, une douzaine de chercheurs du PARC, (dont Larry Tesler, ingénieur logiciel) dirigés par Kay, constituèrent le Learning Research Group, dont l'un des premiers projets visait à créer un langage de programmation, Small Talk, destiné à produire un ordinateur à graphique fin, avec une souris ou un autre dispositif de pointage, et surtout facile à utiliser. Small Talk fut effectivement utilisé dans l'Alto, un ordinateur de Xerox, qui était la version PARC du système imaginé par Douglas Englebart, chercheur au Stanford Research Institute. Englebart avait surtout travaillé sur un "indicateur de la position X-Y pour un système d'affichage". C'est lui qui inventa la souris au cours de ses recherches sur l'automatisation du bureau, et en déposa le brevet en 1964. Mais l'Alto possédait d'autres nouveautés : un écran graphique haute précision, la fameuse souris, et le réseau local Ethernet qui permettait à tous les Altos connectés de partager les mêmes ressources.
L'Alto avait aussi amené une amélioration fondamentale, qui sera à l'origine des principes de fonctionnement du Macintosh, puis des systèmes UNIX, de Windows ou de NeXT-Step. Avant, pour utiliser l'ordinateur d'Englebart, il fallait connaître une foule de commandes abrégées. Par exemple, pour supprimer un mot, l'utilisateur devait taper une commande, pointer sur le mot avec la souris, puis en presser le bouton pour valider la commande. Larry Tesler décida qu'il fallait inverser l'ordre des choses : pointer sur le mot d'abord, ce qui déclencherait l'affichage de la liste des commandes possibles. Cette procédure "sélection puis action" est au centre de la philosophie du Macintosh.
Un deuxième élément très important dans l'Alto était la finesse de l'affichage. Celle-ci permettait à l'Alto de montrer à l'écran l'aspect qu'aurait le document une fois imprimé. Le concept WYSIWYG (what you see is what you get) était né. Cette finesse d'affichage permettait également la présence à l'écran de petits pictogrammes, ou icônes, qui représentaient des objets du monde réel : feuille de papier, dossier, crayons... Ces métaphores graphiques rendaient l'utilisation de l'ordinateur plus facile, car elles permettaient de remplacer les concepts peu familiers des systèmes non-graphiques (tous ceux de l'époque) par des concepts familiers.
La naissance du Lisa
Apple développait alors deux prototypes : le Lisa et le Macintosh. Les deux projets faisaient partie de la gamme Apple, et ne signifiaient pas la mort de la gamme Apple II : lui succédèrent l'Apple II+, L'Apple IIe, puis l'Apple IIc, le dernier fut l'Apple IIgs, bien après la sortie des successeurs du premier Macintosh. Les nouveaux Apple ne portèrent pas le nom d'Apple III, pour éviter de rappeler de trop mauvais souvenirs aux utilisateurs... Le Macintosh et le Lisa s'inspiraient des recherches entreprises au PARC, la réalisation du premier étant soutenue par Steve Jobs, et la deuxième par Raskin. Steve Jobs travaillait donc sur les plans du Lisa, mais sans vouloir visiter les laboratoire du PARC, très confiant dans les capacités novatrices d'Apple. En décembre 1979, les deux prototypes du Lisa, certes bien pratiques mais totalement dénués d'imagination, ne satisfaisaient toujours pas Jobs.
C'est à ce moment qu'intervint l'entrée en bourse d'Apple, le 12 décembre 1980, chaque action coûtant 22 $. Apple n'avait jusqu'alors donné d'actions ou de parts qu'à ses employés. Les 4,6 millions d'actions sont vendues en quelques minutes ! L'entrée en bourse, faisant augmenter le capital total d'Apple de 100 millions de dollars, transforma, du jour au lendemain, des douzaines d'employés d'Apple - la plupart âgés de moins de 30 ans - en millionnaires. Les porsches et autres voitures de luxe envahirent les parkings de la société. Un employé eut même la bonne idée de se faire fabriquer pour sa voiture une plaque d'immatriculation arborant un "Merci Apple !"... Mais cette entrée en bourse ne manqua pas de créer quelques dissensions entre les employés d'Apple, car certains avaient profité de l'occasion pour racheter des parts à très bas prix à leurs collègues, empochant des millions de dollars, pendant que certains autres, ayant donné leurs parts sans réfléchir, se retrouvaient alors avec leur salaire normal, sans profiter de l'augmentation de capital d'Apple.
Cette rapide extension avait conduit Apple à engager du personnel supplémentaire. L'entreprise commençait même à se soucier de sa sécurité : les employés n'étaient plus admis que sur présentation de leur badge, à l'entrée de tous les batiments d'Apple. Une partie du personnel avait été engagée un peu rapidement : Apple dut licencier une quarantaine d'ingénieurs, le 25 février 1981 : le "black Wednesday". Hormis cet incident, l'optimisme était général chez Apple : l'avenir était prometteur. Steve Jobs fit d'une pierre deux coups : il fit acheter à Xerox un million de dollars d'actions Apple, et Xerox acceptait de lever le voile sur ses recherches. La presse avait en effet rapporté qu'il se concevait de grandes choses au PARC, et Jobs décida d'aller voir ça de plus près... Il se rendit donc au PARC, accompagné par Bill Atkinson (un spécialiste du graphisme chez Apple, futur créateur d'HyperCard), et de plusieurs membres de l'équipe Lisa. Au même moment, en Europe, Apple ouvrait ses premiers quartiers généraux, à Paris et à Slough (en Angleterre).
La personne chargée de faire visiter le laboratoire à l'équipe d'Apple, Adele Goldberg, déclara quelques années après qu'elle avait refusé d'effectuer cette démonstration à moins d'y être obligée. Elle avait prévenu ses supérieurs qu'ils étaient en train de jeter par la fenêtre l'avancée technologique la plus importante de la décennie. Elle effectua pourtant la démonstration, contrainte et forcée, et l'équipe d'Apple fut réellement impressionnée. Ils adorèrent les icones et la souris, avec laquelle on peut donner des ordres. Jobs décida qu'Apple construirait l'Alto du peuple.
Quelques mois plus tard, 20 employés de Xerox travaillaient chez Apple, parmi les 200 informaticiens composant l'équipe Lisa. Dans ce groupe se trouvait Bill Atkinson, qui réalisa toutes les routines graphiques du Lisa, base de toutes les capacités d'affichage de l'ordinateur.
La naissance du Macintosh
Raskin, arrivé chez Apple en 1977, rêvait d'un ordinateur "électroménager", d'une boite toute simple, sans câbles, sans cartes d'extension, sans commandes compliquées, avec seulement un simple interrupteur. Il reçu la direction du groupe Macintosh, du nom d'une variété de pommes, la McIntosh, volontairement déformé pour éviter les violations de la marque déposée (une entreprise d'électronique avait déjà déposé la marque McIntosh)...
Vers Noël 1980, Apple disposait d'un circuit compact, basé sur le 68000, et qui tournait deux fois plus vite que celui du Lisa. Raskin voulait que l'encombrement au sol du Macintosh ne dépasse pas celui d'un annuaire téléphonique, ce qui devait mener à une élévation verticale encore inconnue.
Bien entendu, l'interface utilisateur s'inspirait des travaux effectués au PARC, mais Raskin entretenait des relations avec beaucoup de chercheurs de Xerox, et pouvait ainsi développer un concept s'inspirant de recherches qui duraient depuis plusieurs années, et s'assurer de faire les meilleurs choix technologiques. Les routines graphiques du Lisa furent adaptées pour le Macintosh. La structure très fermée du Mac devait permettre aux utilisateurs d'être assurés que les logiciels qu'ils achèteraient fonctionneraient sans problèmes, car il n'y aurait pas de conflits de configurations. Cet argument n'était pas sans valeur, mais, en fin de compte, ce fut un boulet que dû traîner le Mac pendant toutes ses premières années.
La courte vie du Lisa... et la gloire du Macintosh
Les deux machines, Lisa et Macintosh, devaient être lancées en même temps, mais le projet Macintosh avait deux ans de retard.
L'équipe Lisa n'avait jamais vraiment pu travailler avec Steve Jobs, trop autoritaire et voulant tout contrôler. A la fin de l'année 1980, Markkula et Scott, du conseil de direction d'Apple, finirent par l'évincer du projet Lisa. Même s'il laissait derrière lui une empreinte bien visible dans la conception du Lisa (forme des icônes, esthétique, etc...), le projet continua sans lui. Toujours à la recherche d'un nouveau "joujou", Jobs entra dans l'équipe Macintosh. Il décide alors d'en faire un Lisa plus simple et parie 5000 dollars que le Mac sera prêt avant le Lisa... Lui et Raskin ne s'étaient jamais très bien entendus : Steve Jobs finit par prendre le dessus, privant Raskin de tout pouvoir de décision, et celui-ci quitta la société, abandonnant son invention dont Steve Jobs allait revendiquer seul la paternité.
Jobs commença alors à changer l'équipe Macintosh. Dans l'équipe Lisa, la bureaucratie imposée par des informaticiens venant d'autres grandes entreprises (comme Hewlett-Packard) l'avait fait ployer, et il désirait faire revivre au sein de l'équipe Macintosh l'ancien esprit d'Apple. Certains critiquèrent cette attitude qu'ils considéraient comme un fantasme de retour aux sources, mais Steve Jobs réussit à réunir autour de lui une équipe plus habituée à ce style. Hertzfeld (de l'équipe Apple II) et Smith (un autodidacte faisant preuve d'une grande dévotion envers Apple) furent rappelés dans cette équipe, à part dans le monde Apple. On les voyait arriver le matin pieds nus, écouter du rock "hurler dans des haut-parleurs stéréo de deux mètres de haut", ou s'amuser à faire déambuler dans les couloirs un petit robot-jouet, jouant au ping-pong ou tapant sur un piano pendant les courtes pauses qu'ils s'accordaient dans des journées de 16 heures. Sur le toit du bâtiment du groupe Macintosh, un drapeau pirate flottait...
Pendant ce temps, IBM a terminé la mise au point de son PC. En août 1981, Apple fait paraître une publicité dans le Wall Street Journal, sous le titre "Welcome, IBM. Seriously", pour accueillir IBM et en même temps rappeller qu'elle était là avant.
En attendant la sortie des nouveaux projets d'Apple, les cloneurs s'activent partout dans le monde pour produire des ordinateurs compatibles avec l'Apple II, mais sans avoir reçu d'autorisation de la part d'Apple. C'est ainsi qu'en aout 1982, Apple annonce que les douanes américaines saisiront et détruiront tous les clones d'Apple II.
En janvier 1983, Apple présenta enfin le Lisa, mais, à cause de la volonté d'Apple de l'accompagner d'un maximum de gadgets et d'un ensemble cohérent d'applications, le prix en fut fixé à 10.000 $ au lieu des 2.000 initialement prévu. Bien sûr, les applaudissements ne manquèrent pas, Steve Jobs faisant par exemple la une du magazine Fortune, mais les financiers d'Apple firent la grimace, le Lisa se vendit mal et n'intéressa que quelques rares développeurs. La carte réseau, indisponible lors de la sortie du Lisa, et le logiciel de traitement de textes fourni, LisaWrite, inférieur à ceux qui étaient proposés avec l'IBM-PC, ne firent qu'augmenter les difficultés à vendre la machine : Apple ne réussit à en vendre que 11.000, soit 6 fois moins que l'Apple III, qui était lui-même déjà un échec commercial... Le même mois, Apple présenta l'Apple IIe, qui connaitra un succès plus grand que le Lisa. Il est vrai que le marché de l'Apple II ne faiblissait pas : la machine avait toutes les qualités de son aîné, tout en étant plus rapide. Ne reprenant pas le nom de l'Apple III, la machine bénéficiait de la réputation de la gamme Apple II. L'Apple IIe deviendra même la machine la plus utilisée en milieu scolaire dans le monde entier.
Comme si l'échec du Lisa et les retards du Macintosh ne suffisaient pas, une réorganisation importante eut lieu au sein de la société : Markulla, le patron d'Apple, démissionna, et le conseil d'administration dut trouver un nouveau président pour la société. Les membres du conseil choisirent alors John Sculley, président de Pepsi-Co et très bien considéré par les milieux financiers. Il refusa tout d'abord, peu intéressé par la vente d'ordinateurs, mais ce qui le fit changer d'avis fut une question que lui posa Steve Jobs : "Voulez-vous continuer à vendre de l'eau sucrée toute votre vie, ou voulez-vous venir avec moi pour changer le monde ?".
Les troupes de Steve Jobs avaient à faire face à des problèmes aussi important que ceux auxquels avait du faire face l'équipe Lisa. Pour minimiser le coût de cet ordinateur, ses concepteurs ne l'avaient doté que de 128 Ko de mémoire, soit 8 fois moins que pour le Lisa. Le Macintosh devait pourtant être aussi performant. Jobs avait recruté Bill Atkinson, du groupe Lisa, pour reprogrammer QuickDraw, base de l'affichage graphique du Lisa et du Macintosh, et en fournir une version beaucoup plus compacte. Atkinson mit plus de deux ans pour réaliser cette tâche pratiquement impossible, et il réussit à réduire au septième le code QuickDraw, passant de 160.000 à 24.000 octets.
Dans le même temps, d'autres programmeurs accomplissaient aussi des exploits. Hertzfeld et son équipe durent s'occuper de la ToolBox du Macintosh, qui contient tous les éléments -menus déroulants, fenêtres, souris, etc...- nécessaires à la programmation sur Mac. Cette ToolBox permettait de fournir des éléments de programmation aux développeurs, et de faire en sorte que toutes les applications du Mac fonctionnent de manière uniforme afin d'en faciliter l'apprentissage. Comme si cela ne suffisait pas, il fallait en plus que la totalité de cette ToolBox tienne sur une puce de 64 Ko... L'équipe d'Hertzfeld réussit à la faire tenir sur deux tiers de cet espace !
En octobre 1983, Steve Jobs organise une parodie de jeu télévisé : le Macintosh Software Dating Game. Il invite plusieurs dirigeants de sociétés programmant des logiciels, parmi lesquels se trouve Bill Gates, PDG de Microsoft. Microsoft s'engage alors à produire des logiciels pour le Macintosh, pensant pouvoir faire mieux que ce qui avait été fait pour le Lisa.
A mesure que le projet touchait au but, l'équipe était de plus en plus convaincue d'avoir participé à un événement historique. Jobs s'arrangea même pour faire graver la signature des 47 principaux participants dans le boîtier en plastique du modèle. Sculley et le comité de direction furent pris de fièvre Macintosh, et se mirent d'accord pour investir 15 millions de dollars dans la promotion et la publicité du nouveau produit. 1,5 million de dollars furent notamment investis pour un spot télévisé diffusé une unique fois lors de la finale du SuperBowl, en 1984, et intitulé tout simplement "1984". Ce spot publicitaire s'inspirait de 1984, le roman de Georges Orwell traitant du totalitarisme. On y voyait des êtres humains réduits à l'état de zombies, crâne rasé et uniforme neutre, regardant un écran de télévision géant affichant le portrait de Big Brother. Soudain surgit une jeune femme athlétique qui brise l'écran de télévision en lançant dessus un marteau, pendant qu'une voix-off déclare «Le 24 janvier, Apple Computer présentera le Macintosh. 1984 ne sera pas "1984"». Le Big Brother de la publicité, c'était bien sûr IBM... Apple se vengeait alors de l'entreprise qui lui avait volé sa première place avec le PC.
Depuis quelques semaines, Apple avait fait signer une clause de discrétion aux journalistes, leur interdisant de divulguer des renseignements sur le Macintosh avant la date fatidique du 24 janvier. La société Regis McKenna, chargée des relations publiques d'Apple savait bien (et espérait) qu'il y aurait des fuites. C'est en effet ce qui arriva, et l'atmosphère d'attente atteignit un tel degré de fébrilité que lorsque finalement le Macintosh fut annoncé, lors de l'assemblée générale des actionnaires d'Apple à San Francisco, les chaînes de télévision américaine ABC, CBS et NBC le mentionnèrent dans leur bulletin d'information du soir !
Le Macintosh méritait bien le tapage qui l'avait accueilli. Les critiques apprécièrent cette machine, merveille de simplicité tant sur la partie logicielle que la partie matérielle. Il possédait moins de composants que le PC, ce qui réduisait le risque de pannes matérielles, et les logiciels qu'il offrait justifiaient à eux seuls l'achat de la machine. De plus, le système était livré avec la machine, ce qui n'était pas le cas du PC d'IBM.
Dans les 6 mois qui suivirent, Apple vendit plus de 100.000 Macs, ce qui dépassait largement les prévisions les plus optimistes de la société.
1984-1994
Les déboires du Macintosh
Malgré l'accueil fabuleux manifesté lors de sa sortie, les ventes du Macintosh plafonnèrent dès la mi-1984... Les raisons de cette stagnation des ventes étaient évidentes : le Macintosh était trop cher, et les logiciels qu'il proposait n'étaient pas assez nombreux... Mais il y avait d'autres problèmes : Le Mac n'était pas équipé de disque dur, et la seule manière d'utiliser des logiciels était de les stocker sur disquettes. Or le lecteur de disquettes ne lisait que des disquettes 400 Ko, et la mémoire vive du Mac n'était que de 128 Ko, soit beaucoup moins que ce qui était nécessaire pour faire fonctionner correctement le Macintosh. Apple avait essayé de s'en tirer en créant un système qui permettait aux programmeurs de segmenter leurs applications. La segmentation avait permis de faire tourner sur le Mac des programmes relativement complexes, mais à une allure d'escargot rhumatisant. Malgré l'absence de port SCSI, des constructeurs réussirent à proposer des disques durs. Mais le Mac n'était pas fait pour gérer des disques durs. Il fallait donc démarrer avec une disquette, puis changer de disque maître. Les disques durs de l'époque n'étaient en plus pas très fiables... Un autre problème concernant le disque dur se posait : le système MFS (Macintosh File System) ne gardait la trace que de 128 fichiers par disque. Or un disque dur était capable de conserver plusieurs milliers de fichiers. Là encore, on pouvait s'en sortir en partitionant le disque dur, reconnus par le système comme des disques différents.
En plus de ces problèmes matériels, le manque de logiciels handicapait sérieusement le Macintosh. IBM avait de nombreux logiciels pour son PC, comme Lotus 1,2,3. Les acheteurs réagissaient donc ainsi : "le PC n'est sûrement pas aussi attrayant et facile à utiliser, mais au moins il me rend des services dont j'ai besoin". Le Macintosh n'offrait en fait lors de sa sortie que deux logiciels : MacWrite (traitement de textes) et MacPaint (dessin). Cela ne suffisait pas à rentabiliser l'achat d'une machine d'un tel prix. Il fallait absolument trouver un logiciel justifiant de débourser plus de 2000 $... Et c'est Microsoft qui offrit ce logiciel, en lançant MultiPlan, un tableur graphique. Bill Gates déclara lui-même que le Macintosh était le meilleur ordinateur du monde, s'attirant pour quelques temps les bénédictions du monde Macintosh. Mais cela n'allait pas durer...
Apple avait d'ailleurs prévu large pour la production du Macintosh : une nouvelle usine, entièrement automatisée, l'une des plus moderne au monde, est dédié à la production de Macintosh. Au niveau de la publicité, Apple n'a pas non plus cherché à faire des économies. Le spot 1984, une publicité de 20 pages dans la plupart des grands magazines américains, l'achat de toutes les pages de publicité dans NewsWeek, une proposition aux lecteurs pour venir tester un Macintosh chez leur revendeur... Apple fait aussi apparaître le Macintosh aux côtés de stars de la musique ou du spectacle (Michael Jackson, Andy Warhol, Mick Jagger...).
Le 24 avril 84, Apple lance l'Apple IIc, lors d'un grand meeting appelé "Apple II forever". La direction entendait ainsi montrer qu'elle continuait la gamme Apple II, et que le Macintosh n'était pas son seul souci. L'Apple IIc était en fait très proche du Macintosh : comme lui, il était fourni prêt à l'emploi, avec lecteur de disquette, clavier et toutes les interfaces fournies d'origine. D'ailleurs, Steve Jobs avait été l'un des premiers à envisager sa construction. C'est avec l'Apple IIc qu'Apple met en place son design "Snow White" (Blanche Neige), qui caractérisera toutes les machines Apple jusqu'aux derniers PowerMac "beige" : le iMac, puis les G3 bleus seront les premiers à abandonner les canons du design Snow White. Sous l'impulsion de Steve Jobs, et malgré le fait que personne ne pensait pouvoir réussir ce tour de force, l'Apple IIc est fourni avec une souris, compatible avec celle du Macintosh. Pour permettre l'utilisation des programmes pour IIe sur le IIc, les programmeurs laissaient en fait croire à l'ordinateur que les nouveaux éléments (port souris, port séries, écran 80 colonnes, lecteur de disquette) correspondaient aux baies d'extension de l'Apple IIe. Signe des temps, les Rom de l'Apple IIc n'étaient plus capable de prendre en charge un lecteur de cassettes...
Malheureusement, tout n'était pas rose au sommet de la hiérarchie chez Apple... Steve Wozniak, assurant que "Apple avait perdu la boule", quitta sa société, pour en fonder une nouvelle dans le domaine de la vidéo. Steve Jobs ne mit pas longtemps à le rejoindre, mais involontairement... Sculley se décida à préparer pour Apple un plan draconien, prévoyant notamment le licenciement de 1200 personnes (20% des effectifs d'Apple). 90% de ces employés licenciés seront orientés avec succès par Apple vers d'autres emplois. Il décida également le retrait des responsabilités de Steve Jobs, que son inexpérience rendait dangereux pour la société. Steve Jobs fut donc relégué en juin 85 par le conseil de direction d'Apple au poste quasiment honorifique de président du directoire. Il ne l'accepta pas, et, au bout de 4 mois, démissionna en annonçant la création d'une nouvelle société, qu'il nomma NeXT, emmenant 5 employés d'Apple avec lui ! Pour la petite histoire, il est amusant de remarquer que Steve Jobs a financé la création de NeXT en vendant toutes ses actions Apple, sauf une... Autre détail amusant : le logo Next fut créé par Paul Rand, le designer qui créa le logo IBM ! John Sculley intenta un procès à Steve Jobs pour détention d'informations confidentielles. Le procès ne finit qu'en 1986 sur un accord entre les deux hommes.
Le Mac 512, pour combler les lacunes du Mac original
Deux améliorations importantes virent le jour avec le Mac 512. La première était la mémoire vive, qui voyait sa taille passer de 128 à 512 Ko. On allait enfin pouvoir utiliser des applications sans les segmenter, d'où un gain de vitesse. La mémoire supplémentaire permettait de créer un "RAM disque", ou disque virtuel, stocké en mémoire vive et considéré par le Mac comme un disque réel. En y plaçant le système et quelques applications, on pouvait améliorer énormément la vitesse du Mac. Cela permettait aussi à ceux qui n'avaient pas de second lecteur d'éviter de devoir changer de disquettes toutes les cinq minutes. Côté logiciel, le système n'avait subit absolument aucun changement. Mais la mémoire vive plus importante permettait de faire tourner des logiciels beaucoup plus performants et volumineux, comme Jazz, pour "faire 5 choses à la fois, mais surtout en même temps...", ou Excel, le nouveau nom du tableur Multiplan de Microsoft. Et grâce au Switcher programmé par Handy Hertzfeld, on pouvait faire tourner plusieurs logiciels et passer de l'un à l'autre par un simple clic. Ce modèle ne présentait bien entendu pas que des bons côtés : le lecteur de disquettes n'avait pas changé, restant à 400 Ko, et ne contenait même pas la totalité de ce qui était stocké dans la mémoire centrale. La disquette simple face se trouvait bien petite face aux besoins des utilisateurs...
En novembre 1985, la First Lady Nancy Reagan fait une présentation de l'Apple IIe dans une école en Suisse, pendant que son mari, président des Etats-Unis, discute avec Gorbatchev... Pendant ce temps, à Singapour, l'usine d'Apple obtient le Prix National de Productivité. Peut-être pour fêter tout ça, Sculley annonce de bonnes surprises pour les employés : cadeaux de Noël, grande fête de fin d'année et jours de vacances supplémentaires ! En décembre, Apple achète 14 pages de publicités dans USA Today, toutes dédiées aux Apple IIc et IIe.
Les Macs 512e, Plus et 512/800 , et le retour de Steve Wozniak
Le Mac 512e , moins connu que le Mac Plus, était un modèle de transition : il était similaire au Mac 512, mais la Rom passait des 64 Ko des premiers Macs à 128 Ko, en fait la même que celle du Mac Plus. Cela lui permettait d'utiliser le système HFS (Hierarchic File System), pour stocker un plus grand nombre de fichiers sur un disque (le Mac 512 était limité à 128 fichiers pas disque). Le 512e possédait également un lecteur de disques 800 Ko. Mais il ne possédait toujours pas de port SCSI, lui interdisant l'accès qui disques durs de la nouvelle génération. On pouvait heureusement transformer son Mac 512 en Mac 512e pour 1500 francs, puis transformer un 512e en Mac Plus pour 5000 francs. Le Macintosh Plus : lors de sa sortie, en avril 1986, c'était une machine étonnante. Il possédait les même processeurs que ce prédécesseurs, le 68000 à 8 Mhz, mais était sensiblement plus rapide, notamment grâce à sa mémoire vive de 1 Mo extensible à 4 Mo. Il bénéficiait également de la ROM du 512e, sur laquelle était basé son système. Heureusement pour Apple, lors de la sortie du Mac Plus, beaucoup de logiciels avaient fait leur apparition : Word 3, 4d, Excel ou Cricket Draw. Le Mac 512/800 n'était qu'une amélioration du Mac 512, et se rapprochait ainsi du Mac Plus, mais sans possibilité d'extension. Il était destiné au marché de l'éducation, et son prix était très largement inférieur à celui du Macintosh Plus.
C'est en février 1986 qu'Apple achète un super-ordinateur Cray X-MP/48 pour réaliser des simulations de logiciels et de matériels. La machine, d'une valeur de 15,5 millions de francs, est installée dans une pièce dédiée, entièrement protégée et gardée par 4 personnes. La pièce est protégée de la poussière et refroidie par deux conditionneurs d'air de 20 tonnes chacun ! Apprenant qu'Apple vient d'acheter un de ses super-ordinateurs pour simuler le Macintosh, M. Cray répliqua "C'est amusant ! Je me sers de Macintosh pour simuler les Cray !"
Ce qui a fait le succès du Macintosh à ce moment-là, c'est la mise sur le marché, simultanément, de deux produits tout nouveaux : l'imprimante Laser haute définition d'Apple et le logiciel PageMaker d'Aldus Corporation. Apple jouait tout à coup un rôle irremplaçable dans les marchés de l'édition et de l'imprimerie : le Mac équipé d'une imprimante LaserWriter et de PageMaker permettait d'obtenir des brochures et des magazines à l'aspect professionnel. Ce nouveau marché fut appelé PAO, pour Publication Assistée par Ordinateur.
A partir de ce moment, des signes d'amélioration apparurent chez Apple. Depuis l'automne 1985, le chiffre d'affaire était remonté, et Steve Wozniak, qui était parti d'Apple, dégoûté par ce que devenait son entreprise, accepta de revenir pour "répandre la bonne parole", et présenter les produits Apple à des groupes d'utilisateurs.
En mai 1986, Apple décide de se séparer de son agence publicitaire, Chiat/Day, pour confier son budget à BBDO. Chiat/Day, pas rancunière, s'offre même une page de publicité dans le Wall Street Journal, sous le titre de "Merci, Apple". Cette publicité venait en écho du "Bienvenue, IBM, Sérieusement" que Chiat/Day avait créé pour Apple 5 ans plus tôt.
En septembre 1986, Apple présente l'Apple IIgs. Avec cette machine, Apple souhaitait donner encore un peu de temps aux développeurs pour s'habituer au Macintosh, et donc conserver des clients en vendant une machine pouvant utiliser des applications déjà existantes. L'Apple IIgs était dans une certaine mesure compatible avec les Apple II, mais il présentait l'interface du Macintosh. Il était particulièrement destiné aux activités graphiques et musicales. En fait, les premiers utilisateurs seront déçus, les capacités de l'Apple IIgs n'étant pas exploitées par les premiers logiciels... L'Apple IIgs ne connaîtra véritablement de succès que dans le secteur de l'éducation aux Etats-Unis. Partout ailleurs, il fera un flop commercial...
Les Macs SE et SE/30 ; les premiers Macs II
Le Mac SE (pour System Expansion) était le premier Mac à offrir la possibilité d'ajouter une carte d'extension. De plus, il possédait un port ADB, pour le branchement des périphériques d'entrée (clavier, souris...), facilitant l'utilisation de ces éléments essentiels du Macintosh. Il possédait en option un disque dur interne. Des modèles plus "récents" offraient même des lecteurs de disquette 1,44 Mo, soit 4 fois plus que les premiers Macs ! A l'intérieur, la ROM passait de 128 à 512 Ko, et certains éléments du système qui, sur le Mac Plus, se chargeaient en mémoire vive, restaient avec le SE en ROM, dégageant de l'espace sur la RAM. Des améliorations ont aussi été apportées au port SCSI le rendant plus rapide que celui du Mac Plus. Mais la grande nouveauté du Macintosh SE, c'est le MultiFinder, descendant très amélioré du Switcher. Il permettait d'utiliser plusieurs applications en même temps que le Finder, et de passer de l'une à l'autre sans avoir à les quitter puis à les relancer, d'où un gain de temps très appréciable.
Avec le Mac SE, apparut XPress, un logiciel de mise en page "PostScript" de documents. Ce nouveau langage de description des documents permettait d'obtenir des résultats à l'impression très supérieurs à ceux qu'offrait les autres logiciels de traitement de texte. En même temps, Adobe lança son logiciel Illustrator, pour le dessin vectoriel, de qualité bien supérieur à ce qui était proposé par Cricket Draw. HyperCard, de Bill Atkinson offrait de très grandes possibilité de programmation orientée objet, c'est à dire un langage utilisant des objets réels, comme des boutons, des cartes ou des champs de textes. Ces trois logiciels ont évolué, et existent encore aujourd'hui, avec des nouvelles versions.
Jean-Louis Gassée l'a fait graver sur la plaque d'immatriculation de sa voiture : le prochain Mac sera ouvert. Là où le Mac était conçu pour empêcher totalement l'ajout d'une carte de compatibilité avec DOS, le Mac II, présenté par John Sculley, est suffisamment ouvert pour offrir la possibilité de lui ajouter cette carte. On peut même choisir son écran, rajouter de la mémoire vive, qui manque cruellement à la première version. Pour étendre les capacités de la machine, on n'a que l'embarras du choix : 6 slots NuBus, permettant le branchement de cartes d'extension : vidéo, son, acquisition, midi, compatibilité... tout était permis, à condition de trouver les cartes ! Sous le capot, on retrouve un processeur Motorola, mais cette fois c'est le 68020, à 16 Mhz. Celui-ci est secondé d'un coprocesseur arithmétique, le 68881, également de Motorola. Côté mémoire, on peut atteindre 8 Mo de Ram, 128 avec les barrettes SIMM, nouvelles à l'époque. Pour la mémoire de masse, Apple et d'autres fabricants proposaient des disques durs de 20 à 80 Mo, ce qui était énorme pour l'époque !
Avec l'arrivée des écrans de grande taille, il fallait à Apple un scanner pour compléter une chaîne PAO ou graphique telle que le permettait un Mac II. Apple en proposa un en 1988 : l'Apple One Scanner. L'autre nouveauté permise par les écrans couleur des Macs II fut le CD-Rom. Apple proposa d'ailleurs en 1988 son propre lecteur, qui ne reçut pas un accueil fantastique, car la technologie CD-Rom était encore un peu jeune, et il faudra encore attendre avant de connaître l'explosion du CD que l'on connaît actuellement.
En juin 88, Apple France est récompensée par deux trophées Grand Prix Stratégie, pour ses campagnes de presse et de télévision. La publicité pour le Macintosh II, parue dans la presse, reçoit le premier prix "secteur informatique", tandis que la campagne télévisée du printemps 88 reçoit le deuxième prix "Télévision grand public". Cette campagne de publicité, tout à fait particulière, avait consisté pour Apple France a diffuser les versions originales sous-titrées des spots américains (Going To Work, The Report et Home Office). Les spectateurs ont alors l'impression d'avoir changé de chaîne sans utiliser la télécommande !
Le successeur du Mac II fut le Mac IIx, équipé du processeur 68030 de Motorola, ce qui le rend environ 15% plus rapide que le Mac II. Le 68030 est ici secondé d'un nouveau coprocesseur arithmétique, le 68882. La nouveauté principale concerne la ROM, toujours de 256 Ko, mais montée en SIMM, et donc remplaçable, par exemple pour gérer les lecteurs de disquettes FDHD. Mais, comme le Mac II, cet ordinateur pose un problème important, sa taille. Comme le remarquèrent ses premiers utilisateurs : "s'il avait des pieds, il pourrait aisément constituer un prolongement au bureau...". On aurait bien envie de les placer verticalement, mais la position des ventilateurs de ces deux ordinateurs interdit de les placer autrement que bien à plat sur le bureau.
Après le Mac IIx, en Janvier 1989 (soit exactement 5 ans après la naissance du premier Mac), Apple dévoila le Macintosh SE/30, toujours monobloc, comme son aîné le SE, mais animé par le processeur 68030 (d'où le nom) qui équipait déjà le Mac IIx. Il combine donc la portabilité et la compacité du Mac SE avec les capacités du Mac IIx, y compris la couleur : ses ROM contiennent les routines Color QuickDraw, et permettent, grâce au slot d'extension présent à l'intérieur, de gérer un écran couleur externe. Le lecteur FDHD permet de lire des disquettes PC et les disques créés avec le système ProDOS équipant les Apple II.
Le Mac IIcx, apparu en mars 1989, est l'équivalent du Mac IIx, sauf que les barrettes de ROM sont fixées sur la carte mère, mais sont extensibles, en vue d'une éventuelle mise à jour ultérieure. Pour réduire son encombrement, il ne possède que 3 slots NuBus, ce qui est quand même largement suffisant pour la plupart des utilisateurs. Quelques nouveautés tout de même : son interrupteur peut être verrouillé en position marche, pour qu'il redémarre tout seul après une coupure de courant (idéal pour un serveur) ; toute la ventilation débouche à l'avant et à l'arrière, ce qui permet enfin de le poser verticalement ; enfin, sa conception est extrêmement modulaire : on peut extraire en quelques minutes tous ses composants (disque, mémoire, alimentation, ventilateur...).
Le Mac IIci, avec sa fréquence d'horloge à 25 Mhz, soit 56% de plus que celle du IIcx, lui permet d'être très rapide. Il est assez proche en apparence de son prédécesseur : trois slots NuBus, un port SCSI, deux ports ADB, deux ports série, un connecteur de lecteur externe, une prise stéréo et un lecteur FDHD interne. Mais les différences, à l'intérieur, sont très importantes : la ROM toute nouvelle inclut QuickDraw 32 bits et le support de la mémoire virtuelle, la mémoire cache peut être étendue, la carte vidéo intégrée supporte les 256 couleurs, le 68030 est utilisé à pleine puissance, et le système d'entrée/sortie utilise une horloge séparée ne nécessitant plus la révision de toute la carte-mère pour l'accélération du processeur. Grâce à toutes ces innovations, le IIci était plus rapide que le IIcx d'environ 50%.
Le Mac Portable et la fin du Lisa
Annoncé en même temps que le Mac IIci, soit en septembre 1989, le Macintosh Portable était une machine assez peu compacte, lourde (7,2 Kg avec le disque dur), et basée sur un processeur 68000 à 16 Mhz. Il comprenait un écran plat à matrice active, qui donne une image très fine et lisible dans toute les directions.
L'innovation qui le différenciait des portables PC était son autonomie très longue, due à une gestion intelligente du fonctionnement. Un processeur spécialisé mettait le portable en veille en cas d'inactivité, sans gêne pour l'utilisateur : il retrouvait son ordinateur dans l'état où il l'avait laissé. L'énergie ainsi économisée montait l'autonomie à environ une journée. En mode veille, le portable avait une autonomie d'un mois ! Mais le portable possédait d'autres particularités : son écran était plus grand que celui d'un Mac SE ; la souris était remplacée par une boule de pointage (trackball) ; le son était traité par une puce ASC, donc avec une qualité très supérieure, et offrait même une prise stéréo sur la face arrière ainsi qu'une prise pour modem.
En septembre 1989, Apple décide de mettre fin à toute commercialisation du Lisa. Les derniers modèles, qui avaient été confiés à l'entreprise Sun Remarketing, chargée de les transformer en Macintosh, sont rachetés par Apple qui les enterre dans un champ...
L'Empire contre-attaque
Mais, à ce moment, une menace planait sur la Silicon Valley, et sur le monde entier. Depuis 1981, Microsoft, au courant dès la première heure des essais d'Apple dans la recherche de l'interface graphique (commencée chez Apple en 7

, tentait de programmer elle aussi une interface graphique. Les premières spécifications d'Interface Manager (son nom de code) sont dictées en 82 : fenêtres, souris, menus, dialogues... le tout sur une disquette de 360 Ko et une mémoire vive de 128 Ko. A la différence du système du Lisa, les fenêtres de Windows ne se chevauchent pas : elles s'ordonnent à l'écran , comme un bureau bien rangé. Après plusieurs années de développement et d'annonces repoussées, pendant lesquelles la presse parle de 'vaporware" pour désigner Windows, Bill Gates réussit enfin à mettre au point un système basé sur les principes du Macintosh, mais reposant sur le DOS (système d'exploitation racheté par Bill Gates et dont le nom signifiait à l'origine "Quick and Dirty Operating System"). Apple qui ricanait des essais de Microsoft, prend peur et intente un procès à Microsoft pour violation de copyright. Elle accuse en fait Microsoft de plagier la personnalité du Mac. Les dirigeants d'Apple sont confiants, et se laissent aller à de doux rêves de victoire sur Microsoft. Mais le verdict tombe, et Microsoft est disculpé, Bill Gates peut donc continuer de vendre son système sans être inquiété par Apple.
En 1990, Microsoft présente Windows 3. Apple a perdu tout espoir de gagner la guerre des systèmes, malgré la sortie du système 7 en 1991. La stratégie commerciale de Microsoft s'est révélée la meilleure... John Sculley le sait : "Dans ce monde, ce n'est pas le meilleur qui gagne, mais celui qui sait s'allier avec les développeurs de logiciels, et proposer un système ouvert et riche, même s'il est inférieur techniquement". Steve Jobs note, de son côté, que "le problème de Microsoft, c'est qu'ils n'ont aucun goût. Ils n'ont pas d'idée originale, ils ne mettent pas de culture dans leurs produits. Ce qui me dérange, ce n'est pas qu'ils réussissent, ils le méritent... en partie, mais c'est qu'ils vendent des produits bas de gamme...".
Devant l'extraordinaire raz-de-marée de Windows 3, Novell (le principal constructeur de serveurs PC) proposa à Apple de porter MacOS sur PC, afin de contrer Microsoft. C'est ainsi qu'avec le soutien d'Intel, Apple lança le projet StarTrek. But de la manoeuvre : "aller là où aucun Macintosh n'était jamais allé". A la date prévue, les "Trekkies" d'Apple et Novell présentèrent le projet, très en avance sur les prévisions (QuickDraw GX, non prévu, avait déjà été porté sur Intel). Malheureusement, Apple s'apprêtait à la même époque à lancer le nouveau processeur PowerPC. Ne pouvant faire face à deux chantiers en même temps, Apple décida d'abandonner StarTrek, alors même qu'il aurait pu devancer Windows 95...
Pendant ce temps, chez Apple...
Eh bien pendant ce temps, on fait pas grand chose... Sortie du Mac IIfx, en 1990, très rapide (40 Mhz), puis du Classic et du Mac IIsi. Le Classic était le premier Mac vraiment abordable financièrement par les acheteurs : seulement 895 $ lors de sa sortie. Le Mac IIsi est le premier Mac à posséder une prise pour microphone, mais sa faible vitesse (20 Mhz) et son unique slot NuBus/PDS ne lui donnaient pas vraiment un aspect professionnel, surtout après le Mac IIfx, de 7 mois son aîné, mais bien plus véloce
Le premier vrai changement arriva avec la sortie du Macintosh LC (pour Low Cost Color, ou couleur à bas prix). Celui-ci permettait d'utiliser un écran couleur sans débourser trop d'argent, et il était également extensible et modulable. Son processeur 68020 à 16 Mhz le rendait idéal pour une utilisation bureautique, par exemple à la maison, où il reçût un accueil assez favorable. Avec cet ordinateur, il était idéal d'acquérir une des imprimantes de la gamme StyleWriter : des imprimantes jet d'encre N&B ou couleur, utilisant une mécanique Canon.
En juin 1991, Apple et IBM annoncent qu'ils ont conclu un accord, aboutissant sur la création de deux sociétés : Taligent et Kaleida. La première, Taligent, est chargée de créer une nouvelle génération de systèmes d'exploitation, entièrement orienté objet. Cela devait permettre la création d'un nouvel environnement complètement indépendant du matériel, et donc capable de fonctionner sur plusieurs plates-formes (Risc d'IBM, 600x0 de Motorola, x86 d'Intel...) Kaleida, de son côté, développe une nouvelle génération de technologies et de format de données permettant d'échanger du texte, du son, des graphiques, de la vidéo et des animations sur une grande variété d'ordinateurs. Cette plate-forme multimédia commune permettrait par exemple de développer un logiciel (encyclopédie...) et de le faire ensuite tourner aussi bien sur un Mac qu'un PC Windows, OS/2 ou Unix. Finalement, la société Taligent fera faillite en 1995...
Peu après, apparut le Classic II (octobre 1991), qui possédait une prise pour microphone, et un processeur 68030 à 16 Mhz. Ce fur le dernier ordinateur à utiliser le design monobloc directement issu du Macintosh original.
En même temps que le Classic II, Apple présenta un nouveau portable, mais cette fois ce fut un véritable succès : l'ordinateur était mignon, léger, petit. Il s'appelait PowerBook, et son nom restera dans l'histoire des portables. Il y avait en fait trois portables sous ce nom : le PB 100, le PB 140 et le PB 170, leurs différences résidant dans le choix du processeur : 68000 à 16 Mhz pour le premier, 68030 à 16 Mhz pour le deuxième et 68030 à 25 Mhz pour le troisième.
En même temps que le Classic II, Apple lança les Quadra 700 et 900, basés pour la première fois sur les processeur 68040 de Motorola. Ces deux machines se destinaient au marché professionnel, leur prix très élevé (4700 et 5400 $) les plaçant très haut sur l'échelle des prix. Peu après, en mars 1992, Apple lança le successeur du LC, exactement au même prix, soit 1235 $, mais il utilisait le processeur 68030 de Motorola. Le LCII fut le Mac le plus vendu de l'année 1992 mais Apple avait décidé de lui laisser le bus à 16 bits du Mac LC le ralentissant énormément par rapport aux capacités de son processeur.
Chez Apple, tout ne va pas bien, loin de là... La direction commence ses restructurations : dans l'usine de Fremont, en Californie, 345 empl